Des paysages et des souvenirs

De cette pâture où les vents jubilaient jadis à faire onduler les herbes folles, il ne reste rien: ni les fleurs, ni les bêtes paisibles. La brise de l'ouest, chargée des tièdes senteurs de la pinède, ne me parvient plus. Les buses perchées, scrutant les mulots imprudents, appartiennent à mes souvenirs. Car ici, sur cette terre abandonnée à la main sage de la nature, des maisons au crépi clair ont poussé, les unes contre les autres, toutes semblables et alignées dans un ordre stricte. Leur géométrie parfaite se heurte avec fracas à la douce courbure des blés. Si l'habitat semble moderne pour le jeune couple enfin acquéreur, il est pourtant en complet déphasage avec l'ère du temps. Ici comme ailleurs, on n'a pas souhaité réfléchir à un habitat pouvant s'inscrire en harmonie avec l'environnement. La symbiose ne fait pas partie des critères. Ici comme en tant de lieux, la campagne magnifique et sauvage s'est vu sacrifier sur l'autel d'une innommable course au profit et à la rentabilité.

- John